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Cordeauxia edulis Hemsl.

Protologue
Bull. Misc. Inform. Kew : 361 (1907).
Famille
Caesalpiniaceae (Leguminosae - Caesalpinioideae)
Nombre de chromosomes
2n = 24
Noms vernaculaires
Yeheb (Fr). Yeheb nut, yeheb bush (En).
Origine et répartition géographique
Cordeauxia edulis est endémique du sud-est de l’Ethiopie (est de l’Ogaden) et du centre de la Somalie. Il est cultivé à petite échelle en Somalie et à proximité de Voi, au Kenya, où il fut introduit dans les années 1950. Il a été introduit à titre expérimental au Soudan, en Tanzanie, au Yémen, en Israël et aux Etats-Unis.
Usages
Dans sa région d’origine, les graines (“noix de yeheb”) de Cordeauxia edulis constituent une importante source de nourriture pour les pasteurs nomades, notamment comme aliment de disette pendant les périodes de sécheresse. Elles se consomment crues ou séchées, grillées ou cuites à l’eau. Consommées crues ou séchées, les graines ont un goût aigre, qui devient doux et agréable une fois grillées et qui rappelle celui de la châtaigne. L’eau de cuisson des graines est sucrée et se boit parfois. L’huile des graines est utile pour la confection de savon. On a signalé l’usage des graines comme succédané du café. Cordeauxia edulis a la réputation de réguler les sécrétions gastriques et de permettre le traitement des ulcères dus à l’ingestion d’aliments épicés. Il atténuerait l’anémie en augmentant le nombre de globules rouges. Les feuilles servent à préparer une tisane. Pendant la saison sèche, Cordeauxia edulis constitue un important fourrage pour les chameaux, les chèvres, les moutons et les bovins, mais ce sont d’autres plantes qui lui sont préférées pendant la saison des pluies. Le pigment rouge des glandes qui se trouvent sur plusieurs parties de la plante crée des combinaisons solides et insolubles de couleur vive avec plusieurs mordants métalliques, et il sert localement à teindre les textiles. Le bois sert quant à lui de combustible.
Production et commerce international
Les graines de Cordeauxia edulis sont surtout consommées localement, mais sont également vendues en ville. La demande excède l’offre en raison de la rapide diminution des populations spontanées. En Ethiopie, les graines sont exportées vers la Somalie et les pays arabes, mais on ne dispose d’aucune donnée chiffrée. Les graines de Cordeauxia edulis pourraient devenir un produit d’exportation vers les marchés européens, dans la gamme des fruits secs de dessert.
Propriétés
Les graines décortiquées de Cordeauxia edulis contiennent par 100 g de partie comestible : eau 11,1 g, énergie 1666 kJ (398 kcal), protéines 10,8 g, lipides 12,0 g, glucides 63,9 g, fibres 1,4 g, Ca 32 mg, P 185 mg, Fe 6,4 mg (Leung, Busson & Jardin, 1968). Si la teneur en protéines est considérablement moins élevée que celle de la plupart des légumes secs, la teneur en lipides est en revanche plus élevée. Divers travaux ont mis en évidence que les protéines ressemblent à celles d’autres légumes secs, car elles contiennent des quantités considérables et bien équilibrées d’acides aminés essentiels, en particulier de lysine (3,9–6,9%), et elles sont déficitaires en méthionine. Les lipides des graines contiennent de l’acide palmitique (26–31%), de l’acide stéarique (12–13%), de l’acide oléique (31–32%), de l’acide linoléique ( 25–30%) et des traces d’acide linolénique. L’huile des graines est jaune. Les graines contiennent des inhibiteurs de trypsine, qui peuvent être inactivés par ébullition. Les feuilles de Cordeauxia edulis de Somalie possèdent une faible teneur en protéines brutes (7, 5–11,8%), une faible valeur énergétique (559–586 kJ par 100 g de matière sèche) et une faible digestibilité de la matière sèche in vitro (27,2–39,8%). En outre, elles ont une teneur en tanin élevée (2,5–2,7%), qui diminue leur qualité nutritionnelle. Les feuilles contiennent 1,2–1,5% de N, 0,1% de P, 0,7–1,8% de Ca, 0,1–0,2% de Mg et 0,1–0,2% de S. Si l’on en croit les bergers, la viande des animaux nourris avec Cordeauxia edulis est particulièrement savoureuse. Cordeauxia edulis a la réputation de provoquer des troubles intestinaux chez les chèvres qui n’ont rien d’autre à manger.
Le pigment rouge de Cordeauxia edulis, la cordeauxione (cordeauxiaquinone), est une naphthaquinone inconnue chez les autres plantes. Les feuilles contiennent 0,7–0,8% de ce colorant. Lorsqu’on manipule les feuilles fraîches, les mains se tachent de rouge. Les animaux qui broutent les feuilles ont les dents tachées de rouge orangé et ce colorant se retrouve sous la forme d’un complexe calcaire dans leurs os, qui deviennent roses. Cette coloration est considérée comme un signe de bonne qualité pour la viande, en Somalie et en Arabie saoudite par ex. Le bois de Cordeauxia edulis a été décrit comme un bon bois de feu puisqu’il s’enflamme même lorsqu’il est mouillé.
Description
Arbuste ou petit arbre sempervirent densément ramifié, atteignant 2,5(–4) m de haut, à longue racine pivotante atteignant 3 m de profondeur et racines latérales situées à 10–40 cm sous la surface du sol, allant jusqu’à 2,5 m ; tige garnie de glandes rouges visibles. Feuilles alternes, paripennées, sans stipules ; folioles (2–)4–8(–12), elliptiques-oblongues, atteignant 3 (–5) cm × 1,5(–2,5) cm, coriaces, vert olive sur le dessus, plus pâles et garnies de nombreuses glandes rouges sur le dessous. Inflorescence : grappe terminale pauciflore. Fleurs bisexuées, presque régulières, 5-mères, d’environ 2,5 cm de diamètre ; sépales oblongs, d’environ 1 cm de long, obtus, verts garnis de glandes rouges ; pétales presque égaux, d’environ 1,5 cm de long, jaunes, à onglet ; étamines 10, libres, rectilignes, à filets poilus au-dessous du milieu ; ovaire supère, 1-loculaire, courtement stipité, densément glanduleux ; stigmate obtus. Fruit : gousse ovoïde, de 4–6 cm × 2 cm, courtement stipité, à bec arqué, s’ouvrant par 2 valves dures, à 1(–6) graines. Graine ovoïde, de 2,0–4,5 cm de long, à tégument mince et se déchirant facilement. Plantule à germination épigée ; cotylédons épais.
Autres données botaniques
Cordeauxia ne comprend qu’une seule espèce. Il s’apparente étroitement à Caesalpinia et à Stuhlmannia. Cordeauxia edulis est relativement variable et on en distingue parfois deux types : “suley” (“sulei”) et “moqley” (“mogollo”). Le type “suley”, vert pâle, a une tige de large diamètre et de grandes folioles. Le type “moqley”, vert foncé, a une tige de petit diamètre et de petites folioles. Les gousses du type “moqley” ne contiennent qu’une seule grosse graine. Celles du type “suley” contiennent plusieurs graines, comprimées latéralement et de plus petite taille. Les graines du type “moqley” seraient plus sucrées. Il existe des populations mélangées des deux types mais elles sont rares.
Les feuilles de Cordeauxia edulis ont une cuticule extrêmement épaisse et leur mésophylle est constitué de cellules palissadiques à parois latérales capables de se replier en accordéon. Cela pourrait permettre aux feuilles de survivre à des sécheresses prolongées et d’emmagasiner de l’eau rapidement lorsqu’il y en a, ce qui permet à la plante de rester sempervirente.
Croissance et développement
La germination de Cordeauxia edulis est rapide. Ensuite, la croissance des parties aériennes est très lente, notamment au stade du semis, alors que le système racinaire se développe rapidement. Des plantes qui font 60 cm de haut peuvent déjà avoir des racines de 2 m de long. Dans la nature, la floraison débute juste avant le début des pluies, lorsque l’humidité relative s’élève, ou immédiatement après les premières pluies ; certaines sources indiquent que la floraison a lieu toute l’année mais qu’elle est plus abondante pendant la saison des pluies. Les parties florales se détachent juste après la pollinisation, ne laissant que l’ovaire fécondé. Les fruits mûrissent 10–15 jours après la floraison. A la différence de beaucoup d’autres plantes, les graines de Cordeauxia edulis mûrissent lorsque la teneur en eau de la plante a atteint son maximum. Le développement du fruit s’arrête lorsque les pluies s’arrêtent ; les ovaires restent alors à l’état dormant pendant 4–5 mois et se remettent à mûrir au retour des pluies. Cordeauxia edulis commence à fructifier au bout de 3–4 ans. Ce sont des plantes d’une grande longévité, dont certaines, selon des sources somaliennes, atteignent plus de 200 ans, et elles se recèpent très bien. On ne sait pas si Cordeauxia edulis est capable de fixer l’azote atmosphérique.
Ecologie
En Ethiopie et en Somalie, Cordeauxia edulis est présent dans les régions semi-désertes de savanes arbustives caducifoliées à Acacia - Commiphora situées à (100–)200–500(–1000) m d’altitude, éloignées d’au moins 100 km de l’océan Indien. Ces régions ont des températures annuelles moyennes de 26–30°C, une pluviométrie annuelle moyenne de 100–300(–400) mm et deux saisons des pluies.
Cordeauxia edulis est résistant aux épisodes habituels de sécheresse de 4–5 mois, voire à des sécheresses occasionnelles atteignant 15 mois. Il ne tolère pas le gel. Il pousse sur des sols profonds, perméables, rougeâtres, sableux, légèrement alcalins (d’un pH maximum de 8–8,5), non calcaires, à faible teneur en nutriments. Cordeauxia edulis ne tolère pas l’asphyxie racinaire.
Multiplication et plantation
Cordeauxia edulis est habituellement multiplié par graines, mais une multiplication végétative par bouturage est également possible. Le poids de 100 graines est de 100–300 g. On entend souvent dire que les graines ne seraient viables que pendant quelques mois, mais recouvertes de cendres de bois et conservées dans des sacs, elles ont la réputation de rester viables pendant au moins un an. Le semis direct au champ semble préférable, car la racine pivotante, qui pousse très vite, s’abîme facilement lors du repiquage, le taux de mortalité pouvant atteindre 100%. On ne dispose pas de données sur les densités et les distances de plantation optimales. Dans la nature, en Somalie, on trouve jusqu’à 320 plantes/ha, mais cela dépend des conditions écologiques et de la distance des villages et des points d’eau.
Gestion
Cordeauxia edulis se récolte généralement dans la nature. Il faut beaucoup d’eau pour que le plant s’établisse, mais une fois en place, il ne nécessite que peu de soins.
Maladies et ravageurs
Les arbustes de Cordeauxia edulis sont pratiquement exemptes d’insectes ravageurs, mais les ravageurs des greniers, tels que charançons et larves de papillons de nuit, s’attaquent massivement aux graines.
Récolte
Les fruits de Cordeauxia edulis se cueillent sur la plante, puis on les débarrasse de leur paroi avant de mettre les graines dans des sacs. Les graines sont souvent récoltées avant d’être mûres, ce qui peut contribuer à la faible viabilité qu’on observe souvent. En général, toutes les graines sont ôtées de la plante au même moment, ce qui gêne la régénération des peuplements naturels. Il est possible de faire deux récoltes par an, à condition qu’il y ait assez de précipitations pendant les deux saisons des pluies.
Rendements
Les rendements en graines de Cordeauxia edulis sont de 5–8 kg par plante et par an, mais ils peuvent être nuls lors des années de sécheresse. La production fourragère moyenne se situe entre 325–450 kg/ha (soit 1,4–2 kg/plante).
Traitement après récolte
Pour empêcher les graines de Cordeauxia edulis d’être la proie des insectes, on fait griller ou bouillir les graines qui viennent d’être récoltées pour tuer les insectes et durcir le tégument. Sous cette forme, elles atteignent un prix plus élevé sur le marché, mais cette pratique contribue à la difficulté d’obtenir des semences viables à planter. Les bergers gardent les graines pendant de nombreuses années dans des récipients en cuir de chameau séché et tanné. Pour faire la teinture, les Somalis réduisent en poudre environ 200 g de feuilles séchées dans de l’eau, ce qui permet de teindre une dizaine de m2 de coton. Les extraits alcalins produisent un violet plus intense que les extraits neutres ou légèrement acides.
Ressources génétiques
Les peuplements de Cordeauxia edulis ont chuté au XXe siècle en conséquence d’une détérioration de la végétation provoquée par le surpâturage et les récoltes trop importantes des graines. Sur la Liste Rouge des plantes menacées publiée par l’UICN (1997), Cordeauxia edulis est classé dans la catégorie “rare”, laquelle comporte des taxons à faibles populations au niveau mondial qui, sans être à l’heure actuelle jugés menacés d’extinction ou vulnérables, sont sujets à risque. La régénération et la protection des peuplements naturels, comme leur culture dans le cadre de reboisements dans sa région d’origine et en dehors, sont recommandées. Le manque de collections de ressources génétiques se fait fortement ressentir ; une entrée est conservée à l’Institut international de recherche sur le bétail (ILRI) d’Addis Abéba, une au Kenya au National Genebank of Kenya de Kikuyu, et une aux Etats-Unis, au Southern Regional Plant Introduction Station de Griffin, en Géorgie.
Perspectives
Cordeauxia edulis est une plante polyvalente utile des régions sèches d’Ethiopie et de Somalie. Ses peuplements naturels, menacés de surexploitation, demandent à être protégés et sa culture à être étendue. Cordeauxia edulis pourrait être une source alimentaire prometteuse ainsi qu’une plante fourragère de saison sèche pour d’autres régions chaudes et arides. Il reste que la difficulté à se procurer des semences viables et le manque de connaissance de la plante, notamment de sa multiplication, des pratiques agronomiques et de son potentiel en matière de sélection, constituent des freins non négligeables.
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Sources de l’illustration
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• Thulin, M., 1983. Leguminosae of Ethiopia. Opera Botanica 68: 1–223.
Auteur(s)
M. Brink
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Editeurs
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Citation correcte de cet article:
Brink, M., 2006. Cordeauxia edulis Hemsl. [Internet] Fiche de PROTA4U. Brink, M. & Belay, G. (Editeurs). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Pays Bas. <http://www.prota4u.org/search.asp>. Visité le .
Carte de répartition sauvage


1, rameau en fleurs ; 2, fruit ; 3, graine ; 4, amande.
Redessiné et adapté par Achmad Satiri Nurhaman



chameau feuilletant Cordeauxia edulis


feuilles et fleurs