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Solanum torvum Sw.

Protologue
Prodr. : 47 (1788).
Famille
Solanaceae
Nombre de chromosomes
2n = 24, 48
Noms vernaculaires
Mélongène-diable, bellangère bâtarde, aubergine pois (Fr).
Pea eggplant, cherry eggplant, devil’s fig, plate brush, Turkey berry (En).
Origine et répartition géographique
Solanum torvum est originaire d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud où on le trouve du Mexique au Brésil et au Pérou, et s’est largement répandu dans les Caraïbes. Il est maintenant devenu une adventice pantropicale. En Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, on le cultive localement dans les jardins pour la cuisine, et on le trouve probablement aussi dans d’autres régions d’Afrique. On le cultive comme légume à petite échelle dans le sud et l’est de l’Asie et il est particulièrement apprécié en Thaïlande.
Usages
Les fruits amers sont particulièrement appréciés par les personnes âgées et sont utilisés dans les soupes et les sauces ou bien hachés avec des aubergines ou des tomates. Solanum torvum est également utilisé en médecine traditionnelle. Lorsqu’on les utilise bien, ses fruits et ses feuilles peuvent combattre toute une série d’activités microbiennes. La solasodine, glyco-alcaloïde que l’on trouve dans ses feuilles et ses fruits, est utilisée en Inde dans la fabrication d’hormones sexuelles stéroïdiques pour les contraceptifs oraux. Les propriétés antimicrobiennes des feuilles sont déjà connues depuis quelque temps en Amérique centrale et en Inde et également au Gabon où les gens appliquent les feuilles sur les coupures et les blessures. En Sierra Leone, une décoction de fruits est administrée aux enfants comme médicament contre la toux, alors qu’au Sénégal on utilise la plante pour traiter les douleurs de la gorge et les maux d’estomac. En Inde, les feuilles sont séchées et broyées en une poudre qui est utilisée comme médicament par les diabétiques. En Côte d’Ivoire, la plante est connue pour provoquer une aliénation mentale instantanée lorsqu’on la consomme crue et elle a été utilisée pour empoisonner des humains. Dans des sols infestés par des nématodes Meloidogyne et le flétrissement bactérien, Solanum torvum est parfois utilisé comme porte-greffe pour l’aubergine et dans une moindre mesure pour la tomate. Pour la tomate, Solanum aethiopicum cv. ‘Iizuka’ donne de meilleurs résultats.
Production et commerce international
Solanum torvum est de plus en plus apprécié comme légume en Afrique de l’Ouest, en particulier au Ghana. Il est récolté dans la nature ou dans les jardins familiaux, tant pour l’auto-consommation que pour la vente sur les marchés locaux. Aucune donnée statistique n’est disponible.
Propriétés
Par 100 g de partie comestible, les jeunes fruits contiennent : eau 85,4 g, énergie 197 kJ (47 kcal), protéines 2,4 g, lipides 0,4 g, glucides 10,7 g, fibres 6,1 g, Ca 104 mg, P 70 mg, Fe 4,6 mg, β-carotène 390 μg, thiamine 0,12 mg, riboflavine 0,09 mg, niacine 2,6 mg, acide ascorbique 4 mg (Leung, W.-T.W., Butrum, R.R. & Chang, F.H., 1972). Les feuilles et les fruits contiennent environ 0,84% de solasodine. Dans des essais en Inde, des fruits séchés frits dans l’huile et administrés à des souris ont provoqué des tumeurs hépatiques chez 30% des animaux.
Dans des essais au Nigeria, un extrait méthanolique de fruits de Solanum torvum a montré une bonne efficacité antimicrobienne à large spectre. Un isoflavonoïde, le torvanol A, et un hétéroside stéroïde, le torvoside H, isolés à partir des fruits, ont montré une activité antivirale contre le virus de l’herpès simplex de type 1. Des travaux sur l’efficacité de la poudre de feuilles séchées en Inde n’ont pas montré de modifications significatives en ce qui concerne le glucose, le bilan lipidique, les protéines glyquées, les acides aminés totaux et le taux d’acide uronique chez des patients non insulino-dépendants souffrant de diabète sucré. On soupçonne que Solanum torvum provoque des intoxications chez le bétail.
Description
Arbuste élancé, étalé ou buissonnant, jusqu’à 3(–4) m de haut, pubescent avec des poils étoilés ; tige et rameaux munis habituellement d’aiguillons épars de 3–7 mm de long, légèrement recourbés. Feuilles alternes, solitaires ou en paires, simples ; stipules absentes ; pétiole de 1,5–5 cm de long ; limbe ovale, de 7–20 cm × 4–18 cm, habituellement 7-lobé de façon grossière et sinueuse avec des lobes triangulaires, aigus à obtus, un peu sagitté à auriculé à la base. Inflorescence : corymbe compact, ramifié, contenant jusqu’à 100 fleurs, terminal au début, devenant ensuite latéral ; pédoncule de 1–2 mm de long. Fleurs bisexuées, régulières, 5-mères ; pédicelle de 5–10 mm de long ; calice à lobes de 3–4 mm de long, persistant ; corolle étoilée, d’environ 2,5 cm de diamètre, blanche, à lobes lancéolés, d’environ 1 cm de long ; étamines insérées sur le tube de la corolle, filets très courts, anthères conniventes de 6–7 mm de long, s’ouvrant par des pores terminaux ; ovaire supère, globuleux, pubescent, style de 8–10 mm de long, stigmate capité. Fruit : baie globuleuse de 1–1,5 cm de diamètre, jaunâtre, contenant de nombreuses graines. Graines discoïdes, de 1,5–2 mm de long, brunâtres. Plantule à germination épigée.
Autres données botaniques
Solanum torvum est classé dans la section Torvum du sous-genre Leptostemonum. Cette section comprend environ 40 espèces, toutes originaires d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud. En Asie du Sud-Est, il existe des types cultivés de Solanum torvum qui sont inermes.
Croissance et développement
Les graines ont besoin du soleil direct pour germer et un ombrage peut de ce fait empêcher l’extension de Solanum torvum en tant qu’adventice. La plante débute sa floraison après 3–4 mois et celle-ci se poursuit pendant toute sa durée de vie jusqu’à 5 ans. Les oiseaux et les chauves-souris frugivores consomment les fruits jaune-brunâtre puis dispersent les graines à travers leurs excréments.
Ecologie
Solanum torvum s’installe en terrain ouvert sur des sols perturbés, des bords de route et des terrains vagues, où il devient souvent une adventice qui s’avère difficile à éliminer. Au Cameroun, c’est une espèce pionnière caractéristique des jachères. Elle est répertoriée comme adventice nuisible dans le sud-est des Etats-Unis. On la trouve généralement à proximité de zones humides ou dans des régions à forte pluviométrie, principalement dans les basses terres ; mais elle tolère des périodes de sécheresse.
Multiplication et plantation
Solanum torvum est habituellement multiplié par graines. Le poids de 1000 graines est d’environ 3,3 g. Les graines fraîches ont une forte dormance. Les graines sont semées en pépinière et les plants sont repiqués après 5–6 semaines à un écartement de 1 m. Des boutures de tige prélevées sur des arbustes à fort rendement sont également utilisées pour la multiplication. Des boutures semi-ligneuses de 12–15 cm de long, prélevées sur de jeunes tiges et effeuillées, produiront des racines et de nouvelles pousses au bout de 3–4 semaines.
Gestion
Les fruits de la mélongène-diable sont le plus souvent récoltés dans la nature. Lorsqu’elle est cultivée, il lui faut un minimum de soins : ajouter de l’engrais, désherber lorsque les plantes sont jeunes et arroser. La mélongène-diable est cependant une espèce très rustique qui peut être cultivée sans trop de soins.
Maladies et ravageurs
La mélongène-diable peut souffrir de certaines maladies présentes chez d’autres solanacées, par ex. Alternaria solani et l’anthracnose de l’aubergine Colletotrichum gloeosporioides f. melongenae. La rouille Aecidium habunguense provoque des pustules oranges. Solanum torvum est parfois endommagé par des pucerons, les foreurs des fruits et des tiges Leucinodes, les cicadelles et les larves du genre Spodoptera. Il sert de réservoir naturel pour un hémiptère, le tigre de l’aubergine Corythaica cyanthicollis (synonyme Corythaica planaris), qui attaque l’aubergine. Un virus de la mosaïque est transmis par les pucerons Aphis craccivora et Aphis gossypii. Solanum torvum est toutefois réputé pour sa résistance aux maladies et ravageurs transmis par le sol, dont Ralstonia solanacearum (la résistance peut cependant céder à température élevée), Verticillium dahliae, Thielaviopsis basicola, Phytophthora parasitica et Fusarium solani. Il apparaît également résistant aux altises et à Meloidogyne incognita. Malheureusement, les croisements avec les espèces plus importantes que sont Solanum melongena L. et Solanum aethiopicum L. ont échoué, mais l’hybridation somatique avec Solanum melongena a donné des résultats encourageants.
Récolte
Les grappes de fruits verts immatures sont récoltées lorsque les fruits atteignent la taille d’un pois ou d’une cerise selon le cultivar. On peut les récolter pour la consommation en de nombreux passages successifs, à partir de 2 semaines après la première floraison.
Traitement après récolte
La mélongène-diable est commercialisée en grappes de fruits verts immatures plutôt que sous forme de fruits individuels. On peut conserver les fruits pendant plusieurs jours.
Ressources génétiques
Solanum torvum est une espèce extrêmement répandue ayant les caractéristiques d’une adventice, et elle n’est donc pas menacée d’érosion génétique. Plusieurs collections de ressources génétiques de Solanum maintiennent des entrées de cette espèce.
Sélection
Lorsqu’elle est cultivée, les paysans africains utilisent leurs propres types sélectionnés. En Thaïlande, les graines de cultivars locaux améliorés sont disponibles commercialement, par ex. chez la East West Seed Company. Un cultivar est inerme et un autre a un port compact, les deux ayant de gros fruits moins amers. Quelques catalogues de semences occidentaux proposent des graines pour la production de porte-greffe.
Perspectives
La mélongène-diable est localement un légume traditionnel apprécié. La sélection de cultivars améliorés pourrait développer l’intérêt d’une production commerciale. On doit toutefois faire attention aux effets négatifs potentiels liés à la consommation des fruits.
Références principales
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• Burkill, H.M., 2000. The useful plants of West Tropical Africa. 2nd Edition. Volume 5, Families S–Z, Addenda. Royal Botanic Gardens, Kew, Richmond, United Kingdom. 686 pp.
• Messiaen, C.-M., 1989. Le potager tropical. 2nd Edition. Presses Universitaires de France, Paris, France. 580 pp.
• Schippers, R.R., 2000. African indigenous vegetables. An overview of the cultivated species. Natural Resources Institute/ACP-EU Technical Centre for Agricultural and Rural Cooperation, Chatham, United Kingdom. 214 pp.
Autres références
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• Balachandran, B. & Sivaramkrishnan, V.M., 1995. Induction of tumours by Indian dietary constituents. Indian Journal of Cancer 32(3): 104–109.
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• Date, H., Nasu, H. & Hatamoto, M., 1994. Breakdown of resistance of eggplant rootstock (Solanum torvum Swartz) to bacterial wilt by high ambient temperature. Annals of the Phytopathological Society of Japan 60: 483–486.
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• Suzuki, T. & Morishita, M., 2002. Effects of scion and rootstock cultivars on growth and yield of eggplant cultured under two fertilizer levels. Journal of the Japanese Society for Horticultural Science 71(4): 568–574.
Sources de l’illustration
• Boonkerd, T., Na Songkhla, B. & Thephuttee, W., 1993. Solanum torvum Swartz. In: Siemonsma, J.S. & Kasem Piluek (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 8. Vegetables. Pudoc Scientific Publishers, Wageningen, Netherlands. pp. 258–260.
Auteur(s)
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Citation correcte de cet article:
Schippers, R.R., 2004. Solanum torvum Sw. [Internet] Fiche de PROTA4U. Grubben, G.J.H. & Denton, O.A. (Editeurs). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Pays Bas. <http://www.prota4u.org/search.asp>. Visité le .
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